Quai de la gare. Ligne 6. Métro parisien.
Je suis à la fin deuxième wagon. Assise contre la fenêtre, dans les places à quatre. A regarder le paysage urbain que je connais par coeur. Pour un peu je pourrai citer une à une toutes les boutiques de la rue.
Les portes s'ouvrent et se referment. Atmosphère mécanique, automatique, zombique.
Je vais descendre à Place d'Italie. Je sais devant quelle porte il y a le couloir pour effectuer le changement. J'ouvrirai la porte, je déboulerai du métro. Tout droit. Tourne à gauche. Descend les escaliers. Couloir tout droit. Puis à droite. Escaliers. Couloir. A gauche. Quai de la 7. Je me place exactement au niveau où sera la porte de la future rame. Porte qui, à Censier, sera pile en face de la sortie.
Et ça défile.
Censier. Tout droit. A gauche. Escaliers. A gauche. Tout droit. Escalators. Demi-tour. Escaliers. On est dehors. Il pleut. Tout droit. A droite. Passage piéton. Tout droit, tout droit. Longer la fac. Porte de la fac. Tout droit. Escaliers. Couloirs. Secrétariat. Copies.
Je peux faire toute ma journée comme ça.
Je connais tous mes trajets par coeur. Je sais dans quel wagon se placer pour perdre le moins de temps possible. Je sais à quelles heures les rames sont blindées. Je connais par coeur les horaires des derniers métros.
Ma vie est régie par les gestes. Les gestes automatiques du parisien de base qui se rend au boulot ou ailleurs. Plus besoin d'être ouvrier pour travailler à la chaîne. C'est tout le corps qui bosse mécaniquement. Au radar. Pas besoin de penser. Zombies.
Parfois je pense que je suis comme un néon de métro. Je n'ai pas une belle lumière, une lumière bleutée, une lumière dorée, une lumière de théâtre. J'ai une lumière crue, blanche, fade. Une lumière quand même. Je ne suggère rien; je suis neutre. Je n'ai pas une belle découpe. Mais je suis là. Personne ne s'en rend compte. Je brille juste, aux normes, comme les autres. J'éclaire le chemin avec la même intensité que tout le monde. Pâle et vide, mais de l'extérieur, ça ne se voit pas.
A quoi ça sert la vie ?
Quand on n'a plus de but, plus d'envie, plus d'avenir ?
Pourquoi est-ce qu'on s'accroche quand on n'attend plus rien ?
Par peur, par fatigue, par (dés)espoir ? Ou par habitude ? Habitude de vivre, alors pourquoi s'arrêter...
Je ne me vois pas d'avenir. En quoi que ce soit.
Avec monsieur le nouveau président, je n'ai plus d'avenir. Je ne sais même pas si je pourrai finir mes études. En tout cas, le ministère qui me représentait n'existe plus.
En amour, je ne veux plus rien. Je ne veux plus qu'on m'approche, qu'on me parle, qu'on me touche. Je veux être tranquille. Je veux être une petite fille.
En rêve, j'ai épuisé toutes les données fantasmatiques qui pouvaient peupler mes nuits. Je me sens froide et glacée de l'intérieur. Sans consistance.
Je deviens mon propre fantôme. Je me demande si j'appartiens encore au monde des vivants.
Je suis à la fin deuxième wagon. Assise contre la fenêtre, dans les places à quatre. A regarder le paysage urbain que je connais par coeur. Pour un peu je pourrai citer une à une toutes les boutiques de la rue.
Les portes s'ouvrent et se referment. Atmosphère mécanique, automatique, zombique.
Je vais descendre à Place d'Italie. Je sais devant quelle porte il y a le couloir pour effectuer le changement. J'ouvrirai la porte, je déboulerai du métro. Tout droit. Tourne à gauche. Descend les escaliers. Couloir tout droit. Puis à droite. Escaliers. Couloir. A gauche. Quai de la 7. Je me place exactement au niveau où sera la porte de la future rame. Porte qui, à Censier, sera pile en face de la sortie.
Et ça défile.
Censier. Tout droit. A gauche. Escaliers. A gauche. Tout droit. Escalators. Demi-tour. Escaliers. On est dehors. Il pleut. Tout droit. A droite. Passage piéton. Tout droit, tout droit. Longer la fac. Porte de la fac. Tout droit. Escaliers. Couloirs. Secrétariat. Copies.
Je peux faire toute ma journée comme ça.
Je connais tous mes trajets par coeur. Je sais dans quel wagon se placer pour perdre le moins de temps possible. Je sais à quelles heures les rames sont blindées. Je connais par coeur les horaires des derniers métros.
Ma vie est régie par les gestes. Les gestes automatiques du parisien de base qui se rend au boulot ou ailleurs. Plus besoin d'être ouvrier pour travailler à la chaîne. C'est tout le corps qui bosse mécaniquement. Au radar. Pas besoin de penser. Zombies.
Parfois je pense que je suis comme un néon de métro. Je n'ai pas une belle lumière, une lumière bleutée, une lumière dorée, une lumière de théâtre. J'ai une lumière crue, blanche, fade. Une lumière quand même. Je ne suggère rien; je suis neutre. Je n'ai pas une belle découpe. Mais je suis là. Personne ne s'en rend compte. Je brille juste, aux normes, comme les autres. J'éclaire le chemin avec la même intensité que tout le monde. Pâle et vide, mais de l'extérieur, ça ne se voit pas.
A quoi ça sert la vie ?
Quand on n'a plus de but, plus d'envie, plus d'avenir ?
Pourquoi est-ce qu'on s'accroche quand on n'attend plus rien ?
Par peur, par fatigue, par (dés)espoir ? Ou par habitude ? Habitude de vivre, alors pourquoi s'arrêter...
Je ne me vois pas d'avenir. En quoi que ce soit.
Avec monsieur le nouveau président, je n'ai plus d'avenir. Je ne sais même pas si je pourrai finir mes études. En tout cas, le ministère qui me représentait n'existe plus.
En amour, je ne veux plus rien. Je ne veux plus qu'on m'approche, qu'on me parle, qu'on me touche. Je veux être tranquille. Je veux être une petite fille.
En rêve, j'ai épuisé toutes les données fantasmatiques qui pouvaient peupler mes nuits. Je me sens froide et glacée de l'intérieur. Sans consistance.
Je deviens mon propre fantôme. Je me demande si j'appartiens encore au monde des vivants.
PiX by Larafairie
